Lundi 8 juin 2009
Autre lieu, autre projet, autres amis, ceux-là par contre ne quittent presque jamais leur ferme puisqu'il faut chaque jour nourrir et traire les chèvres, dès 6h30 et jusqu'au soir à récolter le foin, fabriquer leurs rocamadours fondants et dodus, les vendre au marché... Je vous passe les détails quotidiens de la rude vie que mènent Valérie et Patrice à la ferme du GAEC de l'Autre Chèvre. Sachant qu'ils n'y sont pas enfermés puisqu'ils sont tous deux fondateurs et alternativement présidents du Lieu commun, fameux dans le pays, et très impliqués dans l'ensemble de la vie associative locale, qu'elle soit militante ou festive. Tous deux sont de parfaits exemples d'agriculteurs totalement modernes, riches du rapport à la nature autant que de réflexions politiques, sociales et écologiques alternatives.
Ceci dit. Mardi dernier
, ils recevaient une classe du collège de Saint-Céré en visite pédagogique. J'ai suivi la visite pour voir si je saurais, avec un peu de mémoire et de bon sens, me débrouiller pour faire découvrir aux touristes cet été les secrets de la vie paysanne. Présenter ces demoiselles biquettes "alpines chamoisées" en leur tapotant les cornes, ça ira, même si je ne suis pas capable comme Patrice de donner moult détails historiques et techniques... mais pour expliquer le processus de la fabrication des fromages et le développement des gentilles bactéries, alors là, fermez vos oreilles, âmes scientifiques sensibles aux conneries proférées par la néophyte qui a laissé très loin derrière elle ses cours de biologie du lycée... Peut-être serai-je tout simplement plus douée pour confectionner et servir à ces mêmes touristes quelques goûters faits de fromage blanc à la confiture maison et de tartines de pâté? ça tombe bien, c'est justement cette mission où j'ai choisi de m'investir pour cet été et je m'en réjouis d'avance! Pendant ce temps Marcus leur fera des tournicotis d'argile sur son tour enchanté, Valérie leur montrera comment on peut faire son pain soi-même à la campagne avec juste de la farine et quelques secrets, et hop, quel bel été. J'ai oublié de citer Florian, célèbre dans la contrée pour sa passion pour les animaux sauvages de toutes sortes. Il paraît qu'il disparaît parfois pour pister la gélinette, non c'est pas des blagues et contrairement à ce que vous imaginez, vous, de suite, la gélinette est bien un animal sauvage. Que je ne connais pas d'ailleurs, au point que j'ignore même si c'est une cousine de la belette, comme quoi j'ai grand besoin de fréquenter un peu ce savant aux allures d'éternel adolescent. Comme dit Patrice : "Connaître tant de choses, si jeune, c'est énervant". Donc Florian, cet été, va sans doute faire partager son savoir et sa passion, à moins qu'il ne nous emmène dans les ateliers des artisans et producteurs locaux car j'ai cru comprendre qu'il en avait filmé plusieurs. En tous cas, on est assuré de découvrir la faune locale. C'est vraiment le plus important quand on vient en vacances quelque part, non? Alors bienvenue à nos chers touristes. Je n'oublie pas qu'il y a moins d'un an, j'étais moi aussi touriste, ignare de la terre, éblouie des mystères de la campagne, alors que peut-être d'ici deux ou trois mois je maîtriserai magnifiquement la transformation du lait en fromage et des épluchures en compost!
Par Charlotte - Publié dans : ça se construit
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Lundi 8 juin 2009
Entrés dans le vif du sujet, nous avons donc mis la main à la terre (enfin les deux mains, c'est plus efficace!). Chacun son tour, Marcus et moi avons empoigné la grolinette (sorte de fourche très imposante permettant d'aérer la terre sans bazarder le précieux humus, donc outil indispensable du jardinier écolo), pour préparer le terrain au Pradou. Atmosphère électrique et magique, ce soir avant la bourrasque, sur la colline brodée à l'ouest de sapins noirs et survolant la vallée et, au loin, au nord, les montagnes bleues qu'on devinait noyées sous la pluie. Si magique et doux que je me sentais très profondément chez moi dans ce paysage qui rappelle la Corrèze. Pas chez nous hélas mais chez nos amis parisiens! Chacun son tour de rêver en suçant des cerises pendant que l'autre grolinait et grommelait (toutes ces racines dans la terre!) tandis que les enfants, dans le sillage du labour, recueillaient la terre pour en faire des soupes imaginaires. Pas chez nous, pourtant quelle joie d'avoir maintenant une bonne raison de parcourir ce territoire féérique! Au fond du terrain il y a une clairière jonchée de grosses pierres moussues, qu'ils appellent joliment le coin des druides. Si nous pouvions compter sur une transmission de sagesse et d'antique connaissance des plantes!
Par Charlotte - Publié dans : ça se construit
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Dimanche 17 mai 2009
Enfin du concret ! La semaine dernière, l'un après l'autre, deux potes nous ont proposé de nous embarquer dans leurs projets. Culture florale quercynoise et co-animation d'une ferme pédagogique et touristique. Comme dans les deux cas, tout est à construire, il va falloir que je mette moi aussi la main à la terre. Constituer des dossiers de demande de subvention, rencontrer ceux qui ont déjà expérimenté ces aventures et qui semblent fort généreux en conseils (dans le monde paysan, il y a certes des jaloux mais il y a aussi ceux qui veulent agrandir la famille des militants de la terre)... s'informer sur les produits et leur environnement juridique, sur le "marché" potentiel et la viabilité économique, établir des partenariats avec l'office de tourisme et diverses associations... Je crois que je vais bien m'amuser, hum hum. N'empêche que c'est l'occasion rêvée de sortir des cartons ma bonne vieille idée de ludothèque-bibliothèque pour les enfants, et là, dans le cadre d'une ferme pédagogique, je pense qu'il serait bon de recentrer la structure sur le thème de la nature. Je ne dis rien de plus pour l'instant parce que ces projets concernent d'autres personnes qui souhaitent, pour certaines et pour l'instant, ne pas tout ébruiter. Pour ma part, il me semble que si le secret peut constituer une bonne protection, il peut aussi laisser un projet dans l'ombre et l'inertie. J'en reviens aux solidarités et aux jalousies campagnardes : si j'ouvre ma porte, lesquelles vont entrer? J'aurais tendance à croire qu'il en est des projets comme du coeur : l'ouvrir, l'ouvrir de toutes façons, faire confiance à sa force comme la meilleure protection possible. Certes, ne versons pas dans la naïveté ni l'angélisme. Mais à bas la peur !
Et à suivre.

Par Charlotte - Publié dans : ça se construit
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Samedi 25 avril 2009

Je me suis résolue à me lancer dans un nouveau projet de livre.
Cette fois, l'idée se concentre sur les petits producteurs bio du nord du Lot. L'envie de tracer des portraits ne m'a pas quittée depuis notre arrivée dans ce doux pays, c'est juste le thème qui a été long à émerger. Il me saute pourtant aux yeux aujourd'hui.
Les émeutes de la faim dans le monde entier en 2007, le coût exhorbitant des aliments encore aujourd'hui, causés selon toute vraissemblance par la spéculation sur les produits et sur les terres agricoles... Pour se nourrir sainement et assurer tout simplement notre survie alimentaire à long terme, il faut soutenir l'agriculture paysanne/vivrière et de préférence biologique. C'est un défi auquel nous devons tous participer : les agriculteurs mais aussi les consommateurs-citoyens. Il faut que la prise de conscience des enjeux alimentaires soit suivie par des actes d'achat et de soutien aux petits agriculteurs, via des relations de proximité : en direct à la ferme, sur les marchés ou grâce aux AMAP (association pour le maintien de l'agriculture paysane).

Je soutiens quelques pistes proposées par de nombreux experts humanistes : sortir l'agriculture des négociations de l'OMC, cesser de produire des agrocarburants et bien sûr des OGM (qui restent de toute façon une monoculture intensive contribuant à l'épuisement des sols), privilégier les cultures vivrières pour l'autosuffisance alimentaire au lieu des cultures de rente... Pas mal de bouquins ont déjà été écrits, et de films réalisés, sur la question. Et c'est tant mieux.

Mais ce que je souhaite réaliser, ce sont des portraits et interviews de cultivateurs et éleveurs, jeunes ou moins jeunes, qui pourront déterminer d'une part si l'agriculture bio peut nourrir la population (si oui, c'est sans doute à condition de multiplier les petites structures et de créer des réseaux de distribution de proximité, à condition aussi que nous modifions nos modes alimentaires) ; et d'autre part si les producteurs bio peuvent vivre de leurs produits (apparemment oui, mais à condition de bénéficier d'aides à l'installation et à l'achat/location de terres, de se diversifier, et d'appliquer la trilogie : produire, transformer, vendre en direct).

Enfin je voudrais contribuer à changer l'image des agriculteurs d'aujourd'hui : jeunes, dynamiques, inventifs, courageux, motivés, cultivés... et heureux de faire ce métier ?

Changer leur image pour inciter les consommateurs à mieux les considérer, à aller vers eux, à les connaître et les soutenir par leurs achats, mais aussi pour inciter les jeunes à se lancer dans un de ces métiers.

Vaste programme qu'il faudra peut-être recentrer, modifier, mais je crois que le coeur du sujet est là. Après les discussions informelles au marché de Bretenoux ou plus tournées vers les modes de production lors de reportages pour Rustica, il est temps de passer à des interviews plus complets. Pour voir plus loin. Avis aux amateurs !

 

Par Charlotte - Publié dans : ça se construit
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Samedi 25 avril 2009
Entre deux averses, je regarde verdir mes pousses de cresson et de radis, et parfois le soleil nous offre quelques journées de plein été. Mais les projets poussent moins bien que le cresson. Plusieurs se sont effondrés, nous laissant désemparés et un peu en colère, contraints de réviser nos acquis, nos certitudes. Conclusion de Marcus : "finalement, le plus important n'est pas d'avoir plein d'idées mais de préserver l'envie". L'envie de vivre et d'agir, si nécessaire au chômeur qui s'étiole viré de son usine, comme au fonctionnaire qui a quitté ses dossiers et au potier loin de ses clients. La confiance également, tout aussi nécessaire, tout aussi fragile. Après les vacances avec les enfants et quelques amis précieux qui nous ont fait la joie de nous rendre visite malgré la pluie de Pâques, j'ai hâte de me remettre au travail. Au moins j'ai la chance de pouvoir me donner un travail, intéressant en plus. Même s'il n'est payé que dans trois mois ou jamais, il est là, il me tient debout.
Par Charlotte - Publié dans : ça se construit
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