Un autre chemin à Laval-de-Cère

Publié le par Charlotte

Samedi 22 novembre à Laval-de-Cère.

Devant une foule d'habitants du village, d'adhérents d'Art'Zimut, d'amis et d'élus, Marc Guiochet présentait le documentaire "Laval-de-Cère, mémoires d'un territoire" qu'il a réalisé en interviewant les anciens ouvriers de l'usine Péchiney. Dans cette sublime vallée escarpée, le groupe industriel s'est installé dans les années 30, faisant venir des ouvriers de toute l'Europe et même d'Asie. Une communauté pleine de vie et de solidarité. Avec courage, revendiquant l'honneur du travail bien fait, ces hommes et ces femmes ont enduré des conditions de travail extrêmement rudes. Ils ont construit leur vie dans la sueur et l'espoir. Jusqu'à ce que Péchiney décide de fermer l'usine dans les années 80. Colère et mobilisation ont permis le lancement d'une autre activité sur le même site, mais la mascarade s'est terminée peu après et la deuxième usine a fermé. Licenciements pour de bon. En arrivant au village cet après-midi sous une bruine épaisse, les maisons et les commerces semblaient si glauques. Si tristes. En fait de commerces, il ne restait d'ailleurs plus que la pharmacie, la boulangerie et un café en désordre.

Sans activité industrielle, point de salut, se désolaient nombre d'élus et d'habitants interviewés dans le documentaire. Considération en forme d'impasse lorsque l'on considère  la pollution générée par Péchiney dans les poumons des ouvriers (et sans doute dans la vallée). Heureusement Marc Guiochet termine son film sur une série d'interviews qui m'ont donné à la fois l'espoir et l'envie de réfléchir : quelques élus, architecte, sociologue, ont émis la conviction qu'un territoire rural pouvait vivre et s'épanouir sans industrie. Parce que "le développement, c'est une table et deux chaises", autrement dit c'est des échanges, de la culture, des loisirs, tout cela étant propice à la naissance d'autres activités par un effet d'attraction.

Je suis sûre qu'il a raison. Je crois que nous avons surtout besoin d'inventivité. Besoin de s'autoriser à penser autrement, à construire (sa vie, sa maison) autrement. Merci Marc de nous montrer d'autres chemins que les rails et l'autoroute.

L'espoir et l'imagination me laissent espérer que la poterie, la coopérative, les petits journaux, tous ces projets modestes mais portés avec ampleur et détermination pourront nous faire vivre et en plus apporter du dynamisme au territoire sur lequel nous vivons. Un jour au sommet de la colline j'ai senti mon oeil devenir à la fois aigle et fleur : la précision et la joie. J'ai su que l'important y était : la vie, le désir de vie, la force d'aller où mon coeur me mène. Réussir ou pas, avoir de l'argent ou pas, qu'importe. Vivre, oui.

Publié dans récits de campagne

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