Provinciale !

Publié le par Charlotte

Les files de voiture en accordéon, les klaxons, les flonflons... Quelques jours à Paris la semaine dernière m'ont permis de pointer du regard certains traits urbains caricaturaux que je regardais autrement lorsque c'était mon quotidien. OK c'est pas New York mais, pour la provinciale que je suis devenue (je ne peux plus le nier!), tout dans cette ville m'a paru démesuré : la vastitude des boulevards et l'enfermement de briques et de béton, la misère trash des mères tsiganes mendiantes et l'opulence grandiose des grands magasins illuminés, l'anonymat de la foule et la gentillesse des nombreuses personnes à qui j'ai demandé mon chemin (indécrottable tendance à me perdre, et le plaisir de ce vertige). Dans le 18è, un beau Noir très grand m'a aidée à lire le nom de la rue sur un plan haut perché, un vieux monsieur à l'accent pied-noir m'a gentiment montré l'arrêt de bus et une dame chic et pressée a pris le temps de m'expliquer le chemin. C'est que j'avais plusieurs destinations dans des quartiers différents, le tout en une après-midi au pas de cavalerie. J'avais vu grand comme si j'allais de la mairie à l'office du tourisme de Bretenoux. Rencontré le rédac chef d'un magazine "nature" national grâce à mon ancien collègue D. qui m'a offert un café en refaisant le monde à son idée. Me suis cassé le nez à la porte d'un autre où la secrétaire m'a fermement refoulée arguant "qu'ils étaient tous en comité de rédaction", mais comme je déteste partir bredouille et que j'ai une chance déroutante, j'ai acosté sur le trottoir un journaliste de la rédaction en congé maladie (il s'ennuyait, alors un petit tour à la librairie affiliée au groupe de presse). Puis les tunnels souterrains, couloirs et escaliers sans fin, j'avais oublié cela aussi. "Consommez, c'est Noël! Consommez, vous serez si heureux!" criaient les affiches dans le métro. A côté d'autres affiches en colère : "12 m2 pour une affiche, c'est normal mais pour une famille?" s'indignait une association pour le droit au logement. Ces préoccupations me semblaient si différentes de celles observées dans le Lot... et pourtant je suis bien consciente que la misère existe aussi à la campagne. Mais existe-t-elle moins ou se cache-t-elle davantage? Comment jouent les réseaux de solidarité? Ce qui m'a frappé aussi, face à l'incroyable diversité culturelle et ethnique de la capitale, c'est (par un effet de miroir) la blancheur un peu fade de la population lotoise, le manque de brassage, de métissage. Je comprenais soudain notre ami V. qui avait renoncé aux paysages sublimes du Vercors "parce qu'il n'y avait pas assez d'Africains au village"! Mais au fond je pense qu'il ne faut pas s'arrêter aux apparences ni céder à l'angélisme de la mixité, qui n'est souvent (pour ma part) qu'un désir d'exotisme. Comme lors du retour de mon premier voyage en Inde, où je craignais de retrouver une France triste et monotone et de me confronter à l'ennui, après le bonheur extrême et cet hallucinant festival de couleurs et d'horreurs connu en Inde... Eh bien, sortant de l'aéroport, j'avais embarqué dans un taxi illégal conduit par un père de famille turc qui m'avait parlé de ses difficultés de sous et d'intégration, des ses espoirs, et là je m'étais dit : "L'aventure c'est ici, c'est partout". C'était en 1998, mais dix ans plus tard, je peux le redire avec autant d'enthousiasme : l'aventure aujourd'hui c'est dans le Lot, là est mon voyage, mon ailleurs. Si j'ai passé une seule heure à m'ennuyer depuis quatre mois que nous vivons ici, c'est quand j'ai renoncé à goûter la nature ou à tenter de rencontrer les autres.
D'ailleurs à peine rentrés à Bretenoux, Marcus et moi allions à la radio Décibel pour une interview
annonçant son exposition de céramique. Très agréable... c'est grisant le micro! La radio, encore une découverte culturelle de la campagne, le comble non?

Publié dans récits de campagne

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