"Dans son jus"

Publié le par Charlotte


Je fais partie de ces gens qui provoquent la vie, se lancent des défis et qui, une fois arrivés au pied de la montagne, grimpent avec enthousiasme jusqu'à ce qu'un rocher leur écorche les mains. Et là, avalanche de questions : ai-je les bons godillots et assez de résistance pour aller au bout, aurai-je assez à manger dans ma besace, et??? Un article refusé et c'est un bon coup de déprime qui m'est tombé dessus hier. Me voilà à espérer un poste, vous voyez ça, un bon vrai poste comme celui que j'ai quitté, avec une mission précise, un boss, un bureau et des collègues pour partager le café. Qu'il est difficile à trouver, l'équilibre entre cette folle aspiration à une forme de liberté et cette angoisse récurrente concernant les moyens de survie et par ricochet, mes capacités. C'est vraiment une lutte de tous les jours contre les doutes et la peur. C'est Dark V. et le côté sombre qui s'immiscent entre moi et l'ordi-téléphone!! Comme le dit Marcus, nous n'avons pas choisi un boulot mais un territoire. Nous sommes donc venus avec nos valeurs, nos envies de rencontrer et de construire, et de ce point de vue-là le territoire ne nous a pas déçus, au contraire il a répondu en écho avec générosité et bienveillance. Un territoire riche de personnalités ouvertes et de projets innovants, mais aussi pauvre de son isolement. Le vide appelle la création et c'est ce qui nous enthousiasme ici. Mais du coup, difficile de se couler dans un moule déjà bâti, de s'asseoir à une place vide mais encore chaude. Si tu veux quelque chose ici, il faut le créer. Pour qui et comment, tout est à décider, débrouille-toi.
Et qui dit territoire, dit maison! Une maison pour accueillir nos projets et ceux que ça intéresse. A acheter vite vite avant que toutes nos économies aient fondu dans la nécessité de la popotte quotidienne. Alors aujourd'hui nous avons rendu visite aux agences immobilières de Bretenoux, qui avaient en magasin quelques granges à rénover (enfin des ruines) entre 44.000 et 150.000€, mais les prix baissent, baissent, nous ont-ils assuré. Plus la maison en belles pierres d'un gendarme qui ne veut ni débroussailler son terrain ni baisser le tarif, plus quelques demeures "esplendides" sur le Causse allant quand même jusqu'500.000. Signe que les acheteurs ont désormais "repris le pouvoir" comme l'annonçait France Inter ce soir-même, Marcus s'est payé le luxe de se moquer (gentiment bien sûr) de l'accent de la conseillère, un accent qui n'a pas peur de se rouler dans les flaques et de s'étaler dans l'herbe. Tandis que moi je me voyais déjà retaper ma grangette et récolter les noix de la propriété dès l'automne prochain... Dès qu'on aura raccordé la maison à l'eau, l'électricité, installé un système de bassins pour purifier les eaux "grises" et des toilettes sèches pour ne pas dépendre de l'assainissement, mais aussi la géothermie pour se chauffer sans oublier les panneaux solaires et la mini-éolienne, et voilà le travail, et voilà...
 En attendant nous disent les conseillers et conseillères immobiliers, "la maison est dans son jus", "regardez le cantou et la souillarde*, la cuisine est dans son jus" ! et moi je me demandais: dans son jus, ça veut dire qu'elle déprime comme moi et qu'elle moisit telle une situation?? Ben figurez-vous que cette curieuse expression typique du pays souligne combien les lieux sont restés en l'état, authentiques... pleins de charme quoi?
*: cantou = vaste cheminée ouverte dans les maisons anciennes traditionnelles
souillarde =  arrière-cuisine dotée d'un évier permettant l'évacuation extérieure des eaux ; dans le pays, j'en ai vu quelques unes disposées sous une voûte de pierres, c'est magnifique.

Publié dans ça se construit

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