Ici et là-bas

Publié le par Charlotte

Certains amis m'ont fait remarquer que je ne parlais pas souvent d'eux, et je le reconnais, mais c'est que j'écris seulement si je pense pouvoir donner un avis personnel (eh oui, c'est pas tous les jours ni sur tous les sujets!) ou en tous cas sur un thème en lien direct avec ma préoccupation essentielle : le monde rural et les alternatives qu'il appelle et/ou propose. C'est pourquoi je ne m'aventure pas, par exemple, à disserter sur la colère des Guadeloupéens, que je soutiens et que j'encourage évidemment. Je ne m'y aventure pas... Sauf que j'ai entendu dans l'émission Là-bas si j'y suis de Mermet sur France inter, hier, des propositions très intelligentes de Guadeloupéens dont nous devrions nous inspirer ici aussi. En premier lieu : relocaliser l'économie et la production agricole. En effet quelle logique y a-t-il à utiliser toutes les terres arables pour produire des monocultures destinées à l'exportation, tandis que pour se nourrir il faut importer les aliments les plus élémentaires ? C'est la logique coloniale, qui a détruit les agricultures vivrières de nombreux pays, et à mon avis une raison majeure de la ruine de l'Afrique. Mais pour l'Afrique il était facile d'évoquer un continent sinistré par la sècheresse et les guerres, tandis que le cas des Antilles montre clairement les désastres du capitalisme néo-colonialiste. Ne connaissant pas ces îles, je ne me permettrai pas de pousser plus avant l'analyse mais je souligne simplement l'importance à mon avis d'écouter les leçons que les Antillais nous envoient. Et peut-être, ici aussi, de tenter une autre voie. Augmenter les salaires? C'est sans doute nécessaire et urgent pour sortir de l'asphyxie, ici et là-bas. Mais pourquoi ne pas envisager à terme de nous libérer, tous, des chaînes de l'argent? Plus d'argent pour consommer plus... au bénéfice final de qui? Au contraire cet autre mode de production et d'échange est à inventer, à mettre en place : agriculture vivrière et accessible à chacun, pas seulement à de grosses sociétés agricoles ; échanges commerciaux avec ses voisins les plus proches ; transformation des produits sur place... Et là je songe, seule après l'émission : par exemple la canne cultivée sur l'île, raffinée en Europe et renvoyée à son point de départ sous forme de sucre : pourraient-ils envisager, si ce n'est déjà fait, de fabriquer et conditionner le sucre eux-mêmes, ne serait-ce que pour se payer la fierté de se réapproprier un produit de leur terroir? Il faudra un de ces jours que je vous parle de quelques cultivateurs et jardiniers étonnants que j'ai rencontré ici dans le nord du Lot. De quoi se convaincre que l'auto-suffisance alimentaire, c'est possible.

Publié dans récits de campagne

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article