A bas le travail (oups!)

Publié le par Charlotte

Surprise de voir débarquer le printemps, tout de floraison vêtu, brusquement ou presque après les justes rigueurs de l'hiver. Tellement surprise que je me suis soudain rendue compte que je ne m'étais absolument pas ennuyée dans ces longs mois d'hiver sans cheminée. Pas de chanson au coin du feu donc, mais des repas, que dis-je des banquets au sein des associations qui nous ont adoptés, de joyeuses réunions pour préparer actions et festivités, et bien sûr des balades sur le causse et dans les bois du Ségala, sans compter les reportages dans mon bled et chez nos voisins de Cahors et du sud-corrézien. De ma vie je n'ai jamais autant donné de temps à la vie associative. Et naturellement, la vie associative ne m'a jamais autant donné que le font aujourd'hui mes nouveaux amis de la radio Décibel FM, du Lieu Commun, d'Evidanse et d'Art'Zimut. C'est peut-être bien la ruralité du territoire qui veut ça, qui permet ça, puisqu'ici tout le monde se connaît et se côtoie, beaucoup ont envie de vivre et de créer des liens, et comme les pouvoirs publics le font avec parcimonie ("nous sommes un département pauvre..."), ce sont les associations qui animent la vie locale. Ce territoire est comme un gros village où, si vous soulevez un peu le rideau, vous voyez toujours les mêmes bénévoles-militants-et-qui-ont-envie-de-s'amuser. Ce matin encore, "le doudou" bougonnait - je situe la scène qu'il nous a racontée : parti déposer des tracts pour le printemps des poètes à Saint-Céré, une commerçante a lâché "Y'en a qui s'amusent le samedi pendant que les autres travaillent" ! ça l'a mis en colère le doudou, ben oui évidemment (comment ça, j'ai pas dit qu'il se mettait "évidemment" en colère!!). Ce qui m'amène, merci doudou, à la suite de la réflexion : si je peux m'investir autant ici, c'est peut-être parce que plus rien n'est anonyme et que les liens conduisent toujours à de nouveaux engagements, mais c'est aussi parce que je ne travaille pas. Ou plutôt je travaille seule, chez moi, à mon rythme, pour qui je veux et avec qui je veux. Je ne reviens pas sur les plages d'angoisse où cela me traîne parfois, mais je me demande : est-ce que la question ne se réduit pas à "le travail ou la vie"? ou, pour le dire en référence à un article du très bon mensuel Silence (magazine d'écologie, alternatives et non-violence) : pourquoi ne pas poser la possibilité du revenu universel, inconditionnel, que certains humanistes appellent de leurs voeux ? Là aussi je veux parler d'utopie. La seule différence entre des salariés et des bénévoles, c'est que pour ces derniers, le travail fourni est sans rapport avec une valeur marchande mais avec DES valeurs, il est juste relié à la vie, à un besoin social de survie ou de joie, un besoin d'information ou de rencontre... Car après tout qu'est-ce que le travail, sinon -idéalement- un engagement à participer à la création d'une vie meilleure pour l'ensemble de la collectivité (pour une vie plus facile, ou plus confortable, ou plus joyeuse selon les postes). Un revenu décent pour tous, c'est la possibilité de renouveler et réinventer la société... au lieu de faire rouler des camions et de fabriquer des trucs en plastique pour un patron. Rien à voir avec le RMI ou les ASS, une merveilleuse invention de la société de l'assistanat pour donner aux pauvres l'impression que l'Etat pense à eux très fort, à condition qu'ils viennent pleurer et prouver combien ils sont pauvres. Non, moi je pencherais vers un "revenu d'action sociale" qui pourrait remplacer toutes les aides sociales (chômage, allocs...) plus ou moins humiliantes. Je pense que seul le sentiment de dignité humaine peut conduire la plupart d'entre nous à s'engager pour eux-mêmes et pour les autres. Mais, minute, je voudrais pas passer pour une dangereuse extrêmiste! Je dis pas qu'il faut tout foutre en l'air, alors là, pas du tout du tout! Il faut juste déconstruire la maison pierre par pierre pour la reconstruire... au sud... en remplaçant les parpaings par des bottes de paille... ça vous rappelle pas une vieille histoire? Et pour parer à toute critique d'idéalisme sans fondement, je tiens à souligner qu'un tel système, loi de ruiner la société, serait une solution à la désertification des campagnes. En effet le processus de désertification a une cause principale : pas de boulot = pas d'argent = exode rural. Et une conséquence : la fermeture des services publics, plus assez rentables quand il n'y a que trois pecnauds qui font la queue à la Poste, montent dans le train ou se présentent en pleine nuit aux urgences ou à la maternité. Je suis d'accord, le débat (allez-vous me dire, n'est-ce pas?) sur la rentabilité est le plus urgent. Mais je crois qu'il faut voir plus loin. Donc un revenu inconditionnel permettant à chacun de vivre dignement éviterait l'exode rural, parce que l'esprit et le ventre tranquilles, on peut réfléchir à créer des manifestations culturelles, des espaces de culture biologique et des activités de services (transport et construction écologiques, soutien aux personnes âgées, garde d'enfants...). Bref chacun pourrait exercer le métier qu'il aime sans angoisse du lendemain. Et, en vivant tout simplement, faire fonctionner les commerces et la micro-économie locale. Ce mode de vie beaucoup plus modeste et tranquille me semble favoriser le respect de l'environnement et le respect tout simplement dans les relations humaines, ce qui constituerait déjà un pas de géant que le système social actuel semble incapable d'accomplir. J'avoue que je n'ai pas tout considéré et de toutes façons, la psychologie humaine est si subtile qu'elle nous réserverait sans doute des surprises. Mais c'est un chemin qui mérite qu'on y jette un oeil et qu'on s'y attarde un peu, et pour ma part je souhaite surtout en discuter le plus ouvertement possible. Car ce dont je suis sûre, c'est qu'il faut inventer autre chose et que nous sommes tous responsables de cette invention. Courage les gars, courage les filles!
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Julie Devès 21/01/2010 21:36


Merci pour ce commentaire qui résume bien ma pensée,que nous partageons avec tant d'autres. Avec mapetite famille, nous avons fait la démarche,depuis quelques mois, de quitter la ville,avec à
l'esprit plus de temps, plus de simplicité et la volonté de participer à la vie, "survie", locale. Nous sommes en Corrèze, pas loin de chez vous,et un jour peut être nous croiserons nous, pour
échanger sur nos expériences.
A bientot et bonne continuation
Julie