La fin du salariat, c'est pour quand?

Publié le par Charlotte

Après la manif du 19 mars et le peu d'empressement des syndicats à abattre de nouvelles cartes, je continue à m'interroger sur ce modèle de société. Nous sommes allés à cette manif tous les quatre, avec les enfants, à Figeac. Défilé tranquillou avec quelques banderoles et retrouvailles sympas avec les copains de Saint-Céré. Une de mes copines portait un panneau réclamant "moins de fric" et c'est ce qui me paraît le plus sain et le plus intelligent. Utopique. Voilà le coeur du sujet : une société moins axée sur le fric, c'est se donner la chance de créer du lien, de la liberté, et de vivre autrement. Vivre.
C'est drôle, justement il y a quelques jours, Daniel Mermet interviewait le sociologue Loïc Wacquant qui décrivait la fin de la société du salariat : toutes ces usines qui coulent, tous ces travailleurs au chômage... au désespoir puisqu'ils ont perdu leur raison sociale de vivre, leur reconnaissance sociale et bien sûr leur assurance de manger chaque jour et de payer leur crédit pour la maison. Le chômage est certes un drame dans ce contexte où la nourriture et les autres besoins vitaux coûtent si cher. Dans une société avec "moins de fric", ce ne le serait peut-être pas (ce n'est pas Wacquant qui le dit, seulement moi). Au lieu du sentiment d'humiliation, les chômeurs ressentiraient peut-être un souffle de liberté. Enfin du temps pour vivre, contempler, jouer, réfléchir, aimer... Si l'argent n'avait soudain plus la valeur qu'on lui accorde, peut-être que les grands patrons, les politiques corrompus et les traders de la bourse perdraient leur aura de pouvoir et s'évanouiraient de la scène publique comme des marionnettes de chiffon. Ils n'existeraient plus, ou bien ils se tourneraient eux aussi vers la valeur "temps libre", le luxe d'accéder à un espace-temps plus vaste, plus lent. Je rêve, bien sûr. J'ai dit : Utopique ! La fin du salariat peut nous ouvrir la porte (ou plutôt le long chemin) de l'autosuffisance, de l'autonomie. Le salariat, tout le monde le sait, est un rapport de forces. Aujourd'hui ceux qui détiennent le pouvoir dans ce rapport sont les exploiteurs : exploiteurs de notre force de travail, exploiteurs de nos cerveaux (disponibles?). Les syndicats veulent renverser ce rapport de force par moult défilés (enfin, pas si moult que ça finalement... et d'ailleurs, mous, les défilés?) et négociations. Mon utopie à moi, ce n'est pas renverser mais annuler le rapport de forces. Par le mépris de l'argent, les argentés deviendront invisibles, inexistants, néant. C'est ici que je reviens au revenu inconditionnel. Non, je ne plaide pas pour la vie dans les grottes (certes il y en a beaucoup dans le Lot, et de fort belles), à manger des racines et des mûres et à se couvrir de peaux de lapins (nous avons aussi, dans les bois du causse, de très belles biches!). Plus j'y pense, plus je crois que le revenu inconditionnel permettrait d'abord à tous de vivre dignement (à condition de le réajuster régulièrement au niveau de vie local), de repeupler les campagnes (j'insiste encore car c'est surtout dans les campagnes que chacun pourra s'assurer des ressources supplémentaires en cultivant son potager), et de désacraliser l'argent. Et pour vérifier si je ne suis pas trop utopiste, j'aimerais souffler à un éditeur l'idée de confier ce thème à plusieurs romanciers, qui eux sont souvent plongés avec réalisme au coeur de l'âme humaine : alors, chers romanciers, que deviendrait une société où chacun reçoit un revenu inconditionnel? comment réagiraient vos personnages?
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